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Ce texte est extrait du site www.theatrons.com

La peur du ridicule

Moi ? Sur les planches ? Pour que tout le monde se moque de moi ? Vous plaisantez, j'espère...

Le ridicule ne tue pas
Même le matin, avec la tronche
en biais, le caleçon qui
pendouille, et mes charentaises
roses, je n'ai pas l'air ridicule
aux yeux de mon chien.
A condition, bien sûr, d'avoir
une boite de pâtée ouverte
à la main.
Alors qu'aux yeux de ma femme,
la boite de pâtée semble
accentuer mon ridicule.
La notion de ridicule est donc
très subjective et tient
parfois à peu de chose.

Inutile d'insister : le théâtre, c'est pas fait pour vous !

Faire le guignol devant le public en récitant des textes du moyen-âge avec un chapeau sur la tête ou un drap en guise de trench-coat, non merci, vous n'avez pas besoin de ça.

Vous vous sentez déjà ridicule, quand il vous vient l'envie saugrenue de faire un tour sur la plage, avec tous ces gens qui n'attendaient que vous pour se gausser de votre maillot, de vos rondeurs ou de votre maigreur, alors...

Tous ces regards, braqués sur moi...

Avoir peur du ridicule, c'est avoir peur du jugement, du regard de l'autre. Si ce regard vous déstabilise, c'est peut-être que vous projetez sur les gens qui vous entourent votre propre tendance à juger à l'emporte-pièce.

Travaillez votre tolérance, votre capacité à aimer et à respecter l'autre quel qu'il soit, quelles que soient son apparence et sa nature. Travaillez dans le même temps votre capacité à vous aimer vous-même, quels que soient votre nature, vos faiblesses et vos défauts. Vous constaterez que votre appréhension diminuera peu à peu et qu'une nouvelle liberté s'offrira à vous : celle d'être à l'aise en toutes circonstances. Celle d'être vous-même et non pas "ce qu'il faut être, ce dont il faut avoir l'air".

Le théâtre est peut-être en fin de compte une voie intéressante pour vous, car cet art étrange est ridicule par son essence même. Mais d'un ridicule qui s'assume au point de ne plus l'être du tout.

Au théâtre, comme au carnaval, les règles sont inversées

Habillez-vous en carnaval au bureau et vous aurez l'air ridicule, déplacé, décalé. Habillez-vous en carnaval au Carnaval, et vous serez magnifique.

Au théâtre, comme au carnaval, les règles sont inversées. L'acteur qui sautille et fait des grimaces avec conviction et naturel n'est pas ridicule : il est a sa place. Celui qui peine à rentrer dans le personnage et qui fait des petits sourires gênés, comme pour dire "dans la réalité, je ne suis pas comme ça" est, par contre, douloureusement ridicule, déplacé, décalé.

Le théâtre est un rêve éveillé, une histoire que l'on sait fictive et à laquelle, pourtant, on accepte de croire l'espace d'un moment. C'est un mensonge honnête, qui s'affiche pour ce qu'il est et ne trahit personne. L'acteur qui met cette magie en péril, qui prétend jouer un personnage, mais s'en abstient en même temps, est le seul qui soit malhonnête sur scène. Malhonnête et ridicule, car il n'est pas à sa place.

Dans la vie comme au théâtre, celui qui s'assume totalement, qui affiche la couleur, fait ce qu'il pense et pense ce qu'il dit, n'est jamais ridicule. Sa cohérence et son intégrité le rendent respectable, même lorsque ses choix et sa façon de pensée nous dérangent.

La notion de ridicule est ridiculement inconstante

Porter des pantalons à pattes d'éléphants était "formidable" en 1970, ridicule en 1980 et parfaitement "branché" en 2000.

Dire "c'est cool" était "cool" en 1980, ridicule en 2000 et se retrouve "vachement hype" (c'est à dire "mega cool") de nos jours.

Etre toujours "comme il faut", c'est-à-dire non-ridicule, est décidément une tâche harassante dont on ne voit pas le bout. Par bonheur, la mode du "n'importe comment" se généralise dans notre culture et permet à nos grands-mères, comme à nous mêmes, d'être au top de la mode, quelles que soient notre apparence et notre façon de parler.

A travers la tendance "hype", héritier du mouvement "kitch" des années 1990, c'est le ridicule lui-même, c'est-à-dire le décalage, qui devient une mode.

A ce rythme-là, il sera bientôt ridicule d'être normal.

Bon, je vous laisse, je me dépêche de retourner au théâtre.


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