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Ce texte est extrait du site www.theatrons.com

Ne pas lâcher la rampe

Ne faites pas de ricochets sur vos répliques : votre personnage ne doit pas vous quitter

95b charismatique
"Je suis fascine par l'air.
Si on enlevait l'air du ciel,
tous les oiseaux tomberaient
par terre....
Et les avions aussi....
En même temps l'air,
tu peux pas le toucher...
Ça existe et ça existe pas...
Ça nourrit l'homme sans
qu'il ait faim... It's magic...
L'air c'est beau en même
temps tu peux pas le voir,
c'est doux et tu peux
pas le toucher...
L'air c'est un peu
comme mon cerveau... ".
Jean-Claude Van Damme

Voilà les gars.
Le jour ou vous serez capables
de nous sortir des phrases
comme celle-là, vous pourrez
peut-être prétendre au
statut d'acteur.

Je suppose que chaque acteur a sa propre recette pour tenter de créer ces "moments forts", ces moments intenses où l'on se sent entièrement habité par le personnage et où l'on parvient à vivre un moment de sincérité totale.

Personnellement, je n'y suis que rarement arrivé au cours d'un long monologue (bien que ça reste une sorte d'idéal). Je manque peut-être encore d'expérience ou de confiance en moi pour entrer en transe tout seul, facilement, sans l'aide de personne.

Mes plus grands moments, je les ai vécus au cours de dialogues, et souvent même, pendant que mon personnage n'était pas impliqué dans un dialogue : il n'était là que pour réagir à se qui se disait ou à se qui se passait sur scène, entre deux autres acteurs, par exemple.

Pour peu que mes partenaires parviennent à se laisser un peu habiter par leurs personnages et me servent une prestation à laquelle je peux croire, et HOP ! je me laisse embarquer, que dis-je, je m'immerge, je plonge dans mon rôle et je le vis avec une intensité absolue. Je suis devenu le personnage, et j'y crois si fort que ma conviction se répand en vagues autour de moi et contamine tout ceux qui se trouvent là.

L'image va peut-être vous sembler bizarre, mais dans mes souvenirs, c'est comme si la scène se mettait alors à onduler sur un rythme lent. L'espace situé au-delà disparaît dans un brouillard impalpable. Le public n'existe plus que comme une très vague présence, à peine perceptible, presque comme un souvenir.

Je sais alors que nous sommes entrés dans la magie, dans un rêve qui est devenu réalité. Nous avons matérialisé notre imaginaire, nous avons établi un pont entre les deux mondes et le fait de partager ce moment sacré me permet de palper, de voir, de sentir, d'entendre que tout ça est bien en train d'avoir lieu.

Quand la scène est terminée et que nous nous retrouvons en coulisse, nous ne disons rien, à part peut-être un "Dis-donc, qu'est-ce que c'était fort !". Mais nous sentons bien qu'il est inutile de vouloir mettre des mots sur l'inexprimable.

(Vous avez vu ? Quand je suis bien chaud, j'arrive presque à écrire des trucs aussi aware que Van Damme  !)

Ne faites pas de ricochets sur vos répliques

Faire des ricochets, c'est se concentrer pendant un seconde avant de lâcher votre réplique et redevenir vous-même tout de suite après qu'elle soit finie.

On ne peut entrer et sortir d'un personnage comme d'une auberge espagnole. Votre rôle ne se limite pas aux moments où vous parlez. Votre personnage doit prendre corps quelques secondes, ou mieux, quelques minutes avant votre entrée en scène, et ne doit plus vous quitter jusqu'à ce que vous en sortiez.

Quand c'est au tour de vos partenaires de vous adresser leurs répliques, à qui croyez-vous qu'ils souhaitent parler ? A vous, ou à votre personnage ? Comment pourraient-ils eux-mêmes rester concentrés, rester vrais, si c'est un visage vaguement intéressé que vous leur offrez comme miroir ?

Les réactions physiques de votre personnage, ses mimiques, ses gestes, ses déplacements, sont absolument indispensables à la mise en place et à la préservation du monde imaginaire qui doit se créer sur scène.

Même lorsque l'action se déroule à l'autre bout de la scène, même quand tous les regards et tous les esprits sont braqués ailleurs, n'allez pas croire qu'on ne vous voit pas. D'un coup d'œil involontaire, d'un regard en coin, d'une façon plus ou moins consciente, le public et les autres acteurs qui sont sur scène vous voient, vous "sentent", car vous faites partie de l'image.

Dans tous les cas, même et surtout pendant les répétitions, ne lâchez jamais votre personnage tant que vous êtes dans l'aire de travail.

Ne laissez pas un autre acteur commettre cette erreur

Si, pendant les répétitions, vos partenaires font des ricochets, ne les laissez pas faire.

Avec un peu de travail et de conviction, vous parviendrez peut-être à contrefaire votre voix et à sembler sincère en répétant Hamlet devant un pot de confiture, mais votre corps ne se laissera pas berner. Il ne recevra pas les signaux qui pourraient l'amener à réagir, il se comportera comme un boulet que votre imagination aura bien du mal à traîner derrière elle.

Pour ma part, en tout cas, je n'y parviens pas. Mes pupilles ne se dilatent pas, la sueur ne vient pas à mon front, mon cœur ne s'accélère pas, mes jambes ne flageolent pas, ma gorge ne se sert pas, si la fille à qui je dis :
"Et tout cela, pour vivre dans la sueur fétide d’un lit immonde, dans une étuve d’impureté, mielleuse, et faisant l’amour sur un sale fumier!"
... se ronge les ongles pendant ma déclaration.

Le partenaire qui vous lâche dans un moment pareil sabote votre travail et vous manque de respect. Il manque de respect à son futur public et à l'art qu'il est censé défendre en tant qu'acteur.

Dites-le lui.

La magie du théâtre ne vient pas d'un coup de baguette de fée. Elle s'installe peu à peu au sein de la troupe quand l'ensemble des acteurs y met l'énergie suffisante. Si vous perdez pied pendant une réplique ou si les caprices de votre personnage amène votre regard sur un acteur situé en dehors du champ de l'action, vous devez pouvoir vous accrocher à lui, vous nourrir de sa propre conviction, quels que soient la raison et le moment pour lesquels ce contact a lieu, et même si ce contact n'avait jamais eu lieu au cours des répétitions précédentes.


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