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Ce texte est extrait du site www.theatrons.com

Maîtriser le silence

La maîtrise de la parole passe par celle du silence


Silence
Les âmes se pèsent
dans le silence,

comme l'or et l'argent
se pèsent dans l'eau pure,
et les paroles
que nous prononçons

n'ont de sens
que grâce
au silence
où elles baignent.

 
Maurice Maeterlinck

S'il y a une chose qui m'a toujours fasciné chez les personnes charismatiques, c'est le silence extrême qui s'installe dès qu'elles ouvrent la bouche. Un simple mot murmuré au cours d'une soirée animée suffit à percer le brouhaha du groupe. Il balaye toutes les conversations en cours, étouffant jusqu'aux bruits des mouches et ouvre la voie au discours souvent simple, parfois banal, qui s'ensuit et que chacun écoute d'un silence religieux.

Mais comment diable font-elles ?

Il y le ton de voix, bien sûr. Une façon de moduler, d'articuler, qui les rend intelligibles et reconnaissables entre mille, malgré le bruit ambiant.

Il y a l'assurance extrême qui transpire de chaque mot et qui surprend par son intensité.

Il y a le choix du moment, aussi, fut-il inconscient. Ces personnes semblent sentir "l'ange qui passe" avant qu'il n'entre dans la pièce et s'installent tout naturellement à sa place.

Les maîtres du silence

Ce que je retiens surtout de leur capacité remarquable, c'est leur maîtrise du silence. Le silence qu'elles imposent, mais aussi celui dont elles jouent entre chaque phrase, celui qui nous fait nous pendre à leurs lèvres, qui nous fait attendre, dans une impatience extatique, la suite du beau discours.

Ecoutez les discours d'hommes politiques, grands professionnels du verbe, et notez la façon dont ils ponctuent leurs phrases : avant chaque mot ou chaque idée importante, un bref silence prépare le terrain et crée le vide nécessaire pour que le mot qui suit s'ancre profondément dans nos esprits.

A contrario, le silence (plus long, dans ce cas) peut être utilisé après une idée forte, pour faciliter sa compréhension et permettre une meilleure imprégnation. Un silence après un mot légèrement choquant ou une phrase décalée est particulièrement efficace : il prolonge l'effet obtenu.

Ce paradoxe est au cœur du secret : pour maîtriser la discours, il faut avant tout maîtriser le silence.

Jouer avec ces moments où le temps "suspend son vol" est arme fatale pour renforcer les effets dramatiques.

Le silence au théâtre

Ayant fait ce constat, vous pensez bien que je n'allais pas perdre l'occasion d'utiliser cet effet au théâtre. (ni dans les soirées animées auxquelles je participe, mais ça, c'est une autre histoire).

L'expérimentation du silence au théâtre m'a fait remarquer les choses suivantes :

Le silence ressort en contraste par rapport au rythme de la pièce. Si vous en abusez, vous courrez le risque de casser ce rythme et du perdre du même coup l'effet de contraste : vos silences ne fonctionneront plus. Il se consomment donc avec une grande modération.

De même qu'il prépare les mots qui vont suivre, le silence lui même demande une préparation. S'il fait suite à un débit rapide et fortement modulé, il n'en aura que plus d'impact. La bonne gestion des silences demande une analyse très fine de la réplique qui en bénéficie.

Exemple

Je ne suis pas de cet avis et je veux faire du bruit, tout mon soul. Quoi ! tu ne trouves pas que j'aie tous les sujets du monde d'être en colère ? (Argante dans "les fourberies de Scapin")

Ecouter Ecouter la réplique

Graphique de la réplique d'Argante

Dans cette réplique, on pourra :

Ecouter Ecouter la réplique

Les propositions ci-dessus ne sont évidemment qu'une liste de suggestions qui doivent être modulées en fonction de la manière dont l'acteur souhaite interpréter le rôle. Bien que roulant des mécaniques, Argante n'est pas un vrai "dur", comme la suite de la pièce le démontrera. La faiblesse dont il fera preuve plus tard peut déjà être suggérée dans sa façon de dire cette réplique.

Adapter le rythme au personnage

Comme je le fais remarquer au premier paragraphe, la maîtrise des silences est propre aux personnes charismatiques en général et aux hommes politiques en particulier.

N'en abusez donc pas si votre rôle est celui d'un garçon lâche et timoré, vous risqueriez de créer un décalage entre le personnage et l'impression générale qu'il dégage.

Cette maîtrise restera toutefois utile dans toutes les scènes de colère ou de menace, comme pour les déclarations d'amour passionnées.

Pour vous entraînez à en user avec bonheur, rien ne vaut la lecture répétitive d'un texte, ou d'une simple réplique, en testant différentes façon possibles de "marquer le pas" entre les mots. Si vous ne vous êtes jamais essayé à ce genre de choses, vous constaterez qu'il est possible de nuancer le texte de façon considérable en jouant simplement sur ces silences.

La page comportant des exercices sur la voix vous propose également d'autres façons d'améliorer et de renforcer votre diction. L'exercice le plus adapté au travail sur le silence s'intitule "La ponctuation exagérée".


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