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Ce texte est extrait du site www.theatrons.com

Le théâtre selon Augusto Boal

L'inventeur du théâtre de l'opprimé et sa méthode d'improvisation

Dans cette page : C'est qui ? - C'est où, c'est quand ? - C'est quoi ? - Comment ça marche ?

Augusto BoalC'est qui ?

Augusto Pinto Boal dit Augusto Boal est né le 16 mars 1931 à Rio de Janeiro au Brésil. Il est décédé le 1er mai 2009. Ecrivain, dramaturge, metteur en scène, théoricien, homme de théâtre, et homme politique brésilien contemporain, il a été l'une des figures majeures du théâtre de la seconde moitié du XXe siècle.

Il fut le fondateur du mouvement "Le Théâtre de l'opprimé" qui est désormais répandu à travers le monde entier. Cette forme de théâtre souhaite aider à lutter contre toutes les formes d'oppressions pouvant exister dans les sociétés humaines. Plus encore, il entend réveiller l'esprit de contestation indispensable à une société organisée :

"Le grand mérite du théâtre de l'opprimé est de créer le doute, de ne pas donner de certitude (et celle-ci doit venir, au mieux, après le doute, jamais avant). Si tu donnes la certitude avant le doute, tu ne réponds à aucune nécessité. Le théâtre politique d'avant était univoque, il donnait les bonnes réponses. Ce que nous essayons de faire aujourd'hui, c'est de poser les bonnes questions, la meilleure d'entre elles étant à mon sens : quelle question voulez-vous vous poser ?" A. Boal

C'est où, c'est quand ?

Suite à des études de chimie qui le mèneront jusqu'au doctorat, Augusto Boal fonde en 1956 le Théâtre Arena de Sao Paulo, dont il devient directeur artistique et metteur en scène.

Il souhaite initier, à travers les actions de ce théâtre, une révolution esthétique en réaction au modèle dominant à l’époque au Brésil, importé d’Europe.

L’objectif d’Arena était le développement d’un théâtre populaire sur des thèmes concernant les classes ouvrière et paysanne, les étudiants et la petite bourgeoisie, dite nationaliste. Son répertoire est d'abord constitué par des nouvelles pièces de jeunes auteurs brésiliens puis par des grandes œuvres classiques du répertoire international (Molière, Lope de Vega, Machiavel, Gogol, Ruzzante, ...)

Parallèlement à ce travail qu'on peut considérer comme traditionnel, il développe avec sa troupe un théâtre populaire, de rue, contestataire dans lequel il invente le concept du "spect-acteur". C'est l'époque du "théâtre-journal" qui donnera plus tard naissance au "théâtre de l'opprimé".

Les coups d'État successifs de 1964, puis de 1968 mettent fin à toute possibilité de pratiquer cette sorte de théâtre social, considéré comme une pratique subversive. Boal met en scène, en l968, une "Foire d´Opinion" où plusieurs dramaturges, compositeurs, poètes, peintres et sculpteurs sont invités à donner leur avis sur la dictature à travers divers œuvres artistiques. Ces manifestations provoquent une forte repression des organisations para-militaires qui envahissent plusieurs théâtres, arrêtent et torturent des artistes et, à plusieurs reprises, détruisent des décors et des instruments musicaux.

En 1971, il publie le livre "Le théâtre de l'opprimé". Il est bientôt arrêté, torturé et contraint à l'exil vers Paris, où il poursuivra son travail.

Pendant la décennie 1970-1980, Il voyage dans toute l'Amérique latine, expérimente diverses formes de théâtre participatif et éducatif, il écrit et systématise sa pratique théâtrale. Il organisera le premier festival international du "Théâtre de l'opprimé" à Paris en 1981.

Après la fin de la junte militaire au Brésil, Boal revient à Rio de Janeiro en 1986, où il habite encore. Il y établit un important Centre du "Théâtre de l'opprimé" et plusieurs compagnies qui mettent en pratique le "Théâtre forum" et le "Théâtre image".

Parallèlement, Boal continue à voyager sans relâche et monte de nombreux spectacles à Paris, en Autriche et en Allemagne tandis que le centre du "Théâtre de l'opprimé" brésilien essaime dans le monde entier et diffuse largement ses idées. Des centres se réclamant de cette école de pensée existent aujourd'hui dans plus de 50 pays.

Dès 1981, il se penche sur le théâtre thérapeutique et ce qu'il nomme "le flic dans la tête". Son troisième livre "L'arc en ciel du désir" est un essai sur cette méthode de théâtre et thérapie.

En 1992, il est élu législateur municipal à Rio de Janeiro sur la liste de gauche du Parti des Travailleurs du futur Président Lula et entame une nouvelle expérience : celle du théâtre législatif.

Ses dernières années ont été consacrées à la rédaction d'articles, de livres, à des conférences, des interviews tandis qu'il continuait à dispenser des sessions de formation.

Sa dernière intervention publique à eu lieu a l’Unesco le 27 mars 2009, lors de la célébration de la journée mondiale du théâtre. Voici la conclusion de sa déclaration :

«Quand nous regardons au-delà des apparences, nous voyons des oppresseurs et des opprimés, dans toutes les sociétés, les ethnies, les sexes, les classes et les castes ; nous voyons un monde injuste et cruel. Nous devons inventer un autre monde parce que nous savons qu'un autre monde est possible. Mais il nous appartient de le construire de nos mains en entrant en scène, sur les planches et dans notre vie.

Venez assister au spectacle qui va commencer ; de retour chez vous, avec vos amis, jouez vos propres pièces et voyez ce que vous n'avez jamais pu voir : ce qui saute aux yeux. Le théâtre n'est pas seulement un événement, c'est un mode de vie !

Nous sommes tous des acteurs : être citoyen, ce n'est pas vivre en société, c'est la changer.»

C'est quoi ?

Avant toute chose, Augusto Boal est un homme politique de la meilleure espèce. Le théâtre n'est pour lui qu'un outil et s'il a tant travaillé sur les techniques d'improvisation, c'est parce qu'elles lui permettaient, mieux que toutes autres, de mettre ses idées politiques en actions.

Mais un homme de son envergure ne fait pas du théâtre pendant près de 50 ans sans qu'il en sorte quelque chose de fort. A travers les pages de ce chapitre (voir menu de gauche), je tente de résumer son point de vue sur le théâtre et sur l'improvisation, ainsi que les techniques qu'il a inventées ou développées.

Son objectif politique nécessitant un impact fort, il a essentiellement travaillé sur l'imagination (la création collective) et l'émotion. Après avoir étudié attentivement le travail de Stanislavski, il déclare dès 1960 : "L'émotion doit être prioritaire, elle doit déterminer librement la forme finale (du spectacle)".

Affinant sa réflexion sur la mémoire affective, il s'interroge sur la mécanisation des gestes, des sensations et des systèmes de pensée qui rendent l'acteur insensible à son quotidien et l'empêche de le ré-inventer :

"Chaque activité humaine, depuis la plus simple, comme de marcher, est une opération extrêmement compliquée, qui n'est possible que parce que les sens sont capable de sélectionner; même s'ils captent toutes les sensations, ils les présentent à la conscience selon une hiérarchie déterminée. (...)

Cette sélection aboutit à une mécanisation parce que les sens sélectionnent toujours de la même façon. Quand nous avons commencé, nous ne pensions pas encore aux masque sociaux (...) Mais qu'est-ce qu'une personne sectaire sinon une personne - de droite ou de gauche - qui a mécanisé toutes ses pensées et toutes ses réponses ? Comme tout être humain, l'acteur agit et réagit selon des mécanismes ; c'est pour cela qu'il faut commencer par sa "démécanisation", par son rodage, pour qu'il soir capable d'assumer les mécanisations du personnage qu'il va interpréter. Il doit réapprendre à percevoir des émotions et des sensations dont il a perdu l'habitude."

Mais le travail de l'acteur doit se faire en "pleine conscience". Suivant de près Stanislavski, il affirme que :

"Quand un acteur se montre incapable de sentir, au cours de répétitions, une vraie émotion, il travaille sûrement "à côté". Mais l'acteur qui perd son contrôle est lui aussi "à côté". (...) Un certain acteur s'est rendu célèbre par la violence avec laquelle il jouait Othello, c'était terriblement émouvant... et dangereux. Quand il se sentait possédé par le personnage, il lui arrivait d'avoir vraiment envie d'étrangler Desdémone et il fallait baisser le rideau. (...)

Il doit donc être bien clair que l'émotion "en soi", désordonnée et chaotique, ne vaut rien. L'important, dans l'émotion est sa signification. Nous ne pouvons parler d'émotion sans raison ou, inversement, de raison sans émotion : l'une est chaos et l'autre pure mathématique."

Pour Boal, le théâtre démontre toujours quelque chose, sans quoi il n'a pas de raison d'exister. Ce besoin de "sens" influe directement sur le travail de l'acteur :

"Le concept fondamental de l'acteur n'est pas l'"être", mais le "vouloir". On ne doit pas demander "qui est-ce ?", mais "que veut-il ?". La première question peut conduire à la formation d'un lac d'émotion, tandis que la seconde est essentiellement dynamique, dialectique, conflictuelle et par conséquent théâtrale.

(...)

Notre but n'est pas d'exhiber des émotions, mais de créer des fleuves en mouvement, de créer une dynamique. Le théâtre est conflit, lutte, mouvement, transformation, et non simple exhibition d'états d'âme. Il est verbe et non simple adjectif."

Comment ça marche ?

A travers ce chapitre, je tente de résumer les grandes lignes de la pensée de Boal. Vous trouverez dans le menu de gauche les différents thèmes que j'ai extraits de sa lecture. S'ils sont bien plus nombreux que dans ma synthèse de Stanislavski, c'est simplement parce que Boal est un praticien, plus qu'un théoricien, et que son expérience l'a amené à aborder des problèmes plus divers et variés que la pensée théorique et cohérente de son prédécesseur :

Ces diverses pages sont des compilations d'extraits du livre "Jeux pour acteurs et non-acteurs" disponible aux éditions "La Découverte".

Si les extraits proposés ici sont parvenus à vous intéresser, je vous recommande vivement la lecture du livre complet.

Vous y trouverez notamment une incroyable collection d'exercices à pratiquer en stage de théâtre, des récits d'expériences liées au "Théâtre-forum", au "Théâtre-image" et au "Théâtre invisible", et des considérations très diverse de ce praticien de génie qui a totalement renouvelé l'approche moderne du théâtre et qui sert aujourd'hui de référence à la majorité des metteurs en scène modernes.

Augusto Boal est sans aucun doute l'homme de théâtre le plus influent et le plus lu de ce début de siècle.



Le contenu de cette page est partiellement inspiré de :
Wikipedia - Biographie et bibliographie d'Augusto Boal
Prince Claus Fund - CV d'Augusto Boal
Livre : "Jeux pour acteurs et non-acteurs" de Augusto Boal - Editions "La Découverte"

A lire également sur d'autres sites :
Interview d'Augusto Boal par Leneide Duarte-Plon en mars 2007


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