Ce texte est extrait du site www.theatrons.com
Frankenstein et le plongeur
Travail sur les marches et les postures
Cet
exercice consiste à bloquer une ou plusieurs articulations du corps au
cours d'une marche afin de découvrir ce que le corps exprime lorsqu'on
lui retire une partie de ses capacités.
Les masques que nous adoptons au cours de notre quotidien (autorité, soumission, peur du rejet, etc.) se traduisent souvent par des tensions à l'intérieur du corps. Ces tensions provoquent une rigidité de certaines articulations. En tentant de bloquer volontairement telle ou telle articulation, on constate qu'on reproduit des postures souvent rencontrées chez nos voisins, nos collègues ou les membres de notre famille.
A l'inverse, certains masques nous amènent à sur-exprimer certaines articulations. L'exercice de la poule, ci-dessous, permet également d'expérimenter une marche liée à ce phénomène.
Objectifs
- Prise de conscience de nos propres blocages
- Développement de la capacité d'imitation
- Travail sur l'expression par le corps
Déroulement
Le groupe est divisé en deux parts égales qui se placent face à face sur l'aire de travail. Les deux moitiés de groupe doivent être distantes d'environ 7 mètres.
Phase 1 : Frankenstein
Chacun doit tenter de faire 3 pas en imitant la démarche et la posture du monstre de Frankenstein. On donne les indications suivantes :
- Les genoux sont bloqués en position droite (non pliés), ce sont les hanches qui doivent pivoter pour balancer les pieds vers l'avant.
- Les articulations des pieds sont bloquées dans leurs mouvements latéraux, ils ne peuvent que s'incliner de haut en bas mais ne peuvent pas bouger de gauche à droite.
- Les épaules, le cou et les bras sont bloqués.
Le meneur propose à chaque membre de faire au moins 3 tentatives, chacun revenant à sa position initiale entre chaque tentative.
Les deux groupes étant face à face, cela permet à chacun de s'inspirer des idées ou des réussites des autres participants.
Phase 2 : Le plongeur
Le but de cette exercice consiste à imiter un plongeur équipé de palmes lorsqu'il marche sur le sable. Les chevilles sont gérées de façon à maintenir en permanence les deux pieds à l'horizontal. Pour éviter que le bout de la palme ne frotte sur le sol, les genoux sont levés assez haut à chaque pas.
L'exercice est répété jusqu'à ce que l'un des participants retrouve une démarche évoquant de façon crédible ce type de marche. Les autres participants sont alors invités à s'inspirer de sa performance. L'exercice prend fin lorsque le meneur estime que tous les participants sont parvenus à gérer correctement leurs chevilles.
Phase 3 : La poule
Les
participants placent leurs mains dans leur dos, au niveau du haut des
fesses. Une main peut saisir l'autre afin de d'immobiliser entièrement
les bras et les épaules.
La marche de la poule se fait en levant les genoux assez haut et en balançant la tête d'avant en arrière à chaque pas. La tête oscille en restant parfaitement verticale (le menton reste levé). Le dos est cambré, les hanches sont bloquées, ce sont les genoux qui assurent le mouvement.
Comme pour les exercices précédents, les participants observent ce que font les autres et s'inspirent de celui qui réussit le mieux l'exercice.
L'exercice prend fin lorsque le meneur estime que tous les participants sont parvenus à gérer correctement le mouvement.
Phase 4 : Marches diverses
Les participants forment un cercle de marche (les uns derrière les autres) en laissant au moins un mètre de distance entre chacun.
Chaque type de marche est pratiqué au minimum 30 secondes :
- Pieds sur les fesses : à chaque pas, le pied remonte vers l'arrière et vient frapper le bas de la fesse.
- Chevilles bloquées : les chevilles ne pouvant plus s'articuler, les participants marchent en déplaçant leur buste afin de garder l'équilibre.
- Le singe : les bras sont complètement relâchés et se balancent fortement d'avant en arrière, au rythme de la marche, les genoux restent légèrement pliés et tournés vers l'extérieur (les jambes sont donc arquées). Les épaules sont inclinées vers l'avant mais restent relâchées. Le dos est légèrement voûté, la tête un peu rentrée dans les épaules.
- La marche martiale : Comme pour le singe, les bras se
balancent fortement d'avant en arrière, mais cette fois le dos est
parfaitement droit, les épaules et la nuque totalement bloqués. Les
genoux se lèvent très haut et marquent un légère pose en l'air avant
que le pied ne se repose par terre. Les mains sont tenus à plat (tous
les doigts se touchent) et fendent l'air d'avant en arrière.
Variante : Le bras gauche est tendu le long du corps tandis que le bras droit est plié à 90°, comme s'il tenait un bâton de parade ou un fusil. - Le déménageur : les épaules restent en avant, mais elles sont fortement balancés d'avant en arrière (par une rotation du buste), au rythme de la marche. Les bras sont repliés à 90°. Les jambes sont légèrement arquées, le buste incliné vers l'avant. La nuque est raide, légèrement en arrière.
Aldo Maccione
: c'est une caricature de la marche du déménageur : les épaules sont
bloquées, le buste est penché en avant, les avant-bras
légèrement remontés, les genoux restent toujours légèrement pliés
et la marche se fait de façon latérale (comme un crabe) avec les jambes
croisées. Le ventre est rentré, les muscles du torse contractés et les
poings à demi-serrés. Les dents sont serrées.- Travolta dans le film "Grease" : A chaque pas, on donne une impulsion brève mais très vive sur le pied en appui. Le talon ne se pose qu'une fraction de seconde au sol et on reste comme suspendu sur la pointe du pied en appui pendant que l'autre jambe avance. Les genoux remontent un peu plus que la normale. Le buste, les bras, les mains et le cou sont totalement relâchés, décontractés et bougent donc au rythme des secousses provoquées par l'impulsion du pied en appui. On peut éventuellement bloquer une main dans une poche (mais elle restera molle est détendue) et faire semblant de mâcher du chewing-gum pour accentuer la caricature.
Le bossu
: l'une des épaules est baissée à l'extrême et tournée vers l'avant,
avec le bras ballant, relâché. L'autre épaule est remontée et tendue
vers l'arrière, avec le bras replié et la main pendante. Le buste est
incliné vers l'avant. Les pieds et les genoux sont fortement tournés
vers l'intérieur. La tête est inclinée sur le côté et vers l'avant, la
bouche est tordue est légèrement entre-ouverte. La marche se fait à
petit pas, l'un des pied traîne au sol, comme s'il était paralysé.
Observations
Comme vous pourrez le constater lors de leur pratique, ces exercices sont extrêment ludiques. Si vous les pratiquez avec des jeunes, vous devrez faire preuve d'une certaine fermeté pour éviter que la séance ne vire au désordre complet. Cela dit, n'oubliez pas de vous amusez avec eux !
Entraînez-vous à chaque type de marche jusqu'à la maîtriser parfaitement avant de vous lancer avec des élèves : il faudra que vous soyez en mesure de donner un exemple si les participants ont des difficultés à trouver la bonne attitude.
Après la séance, proposez à chaque participant d'inventer (ou d'imiter) une marche pour la séance suivante. La préparation devra se faire à la maison. Pour obtenir un résultat intéressant, ils devront consacrer au moins une demi-heure à cette préparation.
- Pour inventer une nouvelle marche, il suffit de bloquer ou de sur-exprimer chaque articulation tour à tour, jusqu'à ressentir une émotion forte en marchant de cette façon.
- Pour imiter une marche, il suffit de se poster dans une rue passante pendant quelques minutes et d'observer très attentivement la façon dont les gens marchent : quelles sont les articulations bloquées ; quelles sont celles qui sont sur-exprimées ? Les membres de sa famille ou les personnages de films peuvent également fournir de bons exemples.

