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Ce texte est extrait du site www.theatrons.com

La force de l'image

"L'image ne cesse jamais de parler"

Extraits choisis de "Jeux pour acteurs et non-acteurs" d'Augusto Boal

Dans le "Théâtre de l'opprimé", nous essayons toujours de faire une synthèse entre le travail de l'acteur (...) et une mise en scène qui doit être idéologique. Je dis souvent à mes acteurs (...)que chaque élément qu'on montre sur scène (...) doit contenir une opinon, un jugement.

Je leur dis toujours : "Nous pouvons nous taire et fermer notre bouche pour ne rien dire ; mais l'image ne cesse jamais de parler". On ne peut pas faire taire l'image : une chaise immobile sur scène dira toujours et sans arrêt ce que dit une chaise immobile sur une scène. Il ne faut rien mettre en scène qui ne soit parlant ni nécessaire.

En somme : le jeu de l'acteur doit être essentiellement signalétique, comme chez Stanislavski. C'est-à-dire que le signifiant (le corps) et les signifiés (les mots, les images) sont inséparables : je montre mon amour en aimant et en étant amoureux, pas en faisant un geste conventionné avec ma main tendu. La mise en scène, en revanche, doit être symbolique, le symbole étant une chose à la place d'une aitre, comme le drapeau pour la patrie, le vert pour l'espoir (comme aussi dans certaines formes théâtrales telle que la commedia dell'arte, le kathakali, le nô, etc.)

(...)

En général, la scénographie se limite à des tables, des chaises et rien d'autre. Il faut la prendre comme une contingence, non comme une option. L'idéal est que la scénographie soit le plus élaborée possible, dans les moindres détails, avec toute la complexité nécessaire. Cela est valable aussi pour les costumes. Il faut que les personnages soient reconnaissables par les vêtements qu'ils portent et par les objets qu'ils utilisent. (...) Il faut que les objets et l'habit soient existants, agissants, clairs, stimulants. Plus l'esthétique du spectacle est soignée, plus celui-ci est stimulant, et plus le public participe.

(...)

Esthétiser l'image

C'est l'un des aspects les plus importants de notre travail, auquel nous devons apporter le plus grand soin car, facilement, il passe inaperçu même auprès des Jockers (animateurs).

L'image agit aussi de manière inconsciente : le spectateur ne se rend pas toujours compte de ce qu'il voit. Mais même lorsque cette vision ne passe pas par sa conscience éveillée, il voit.

Ainsi, si l'on met en scène une table et deux chaises, les chaises et la table vont parler entre elles et avec nous, et dire les choses que se disent les chaises et les tables. Si, dans deux pièces successives - avec des personnages, des histoires et des sujets différents - demeurent les mêmes chaises et la même table dans la scène, elles se diront toujours, de façon monotone, les mêmes choses qu'elles s'étaient déjà dites dans la pièce précédente qui, pourtant, traitait d'autre sujets.

J'ai déjà entendu des Jockers s'exclamer : "J'aurai tellement voulu mettre tel objet sur scène, mais je n'ai pas le temps, on laisse comme ça, on fera sans..." En vérité, non seulement on fera sans l'objet nécessaire mais, ce qui est pire, on fera avec le vide qui a pris sa place ; "J'aurais vouu étendre un couvre-lit sur le lit, colorié avec des fleurs bleues, mais on va faire sans..." A sa place, demeure le sommier en bois : non seulement le couvre-lit à fleur n'aura pas dit son texte, mais le sommier n'aura pas gardé le silence. Le public recevra les messages du bois foncé au lieu de celui du tissu fleuri ; le message d'une couleur terne et non celui des couleurs vives.

Il ne faut jamais, non plus, utiliser sur scène un objet, quel qu'il soit, exactement de la même manière qu'on la trouvé chez soi ou dans la vitrine d'un magasin. Toutes les images doivent être esthétisées, modifiées, transformées, jusqu'à ce qu'elles enregistrent l'opinion du groupe sur cet objet, sur cette image, sur son importance pour les personnages - que ce soit une table, une chaise, un chapeau, une cravate, une porte, une boucle d'oreille, une bœuf, un cheval, un bouc, un balai, un plumeau, tout ce qui se voit : une image.

Car l'image est idéologique. Si nous avons besoin d'un téléphone , la seule chose que nous ne devons pas mettre sur scène est un téléphone. Nous pouvons l'utiliser, mais en changeant au préalable la couleur, la taille, en le coupant en deux pour montrer ses fils, ou en empilant dix les uns sur les autres, aspergés avec du spray jaune ou violet - je ne fais que lancer des idées simples, au hasard... Le téléphone ne peut pas sortir du magasin et rentrer sur scène, parce qu'il vient revêtu de l'idéologie du magasin. Si nous esthétisons le téléphone, il traduira notre opinion ; si nous ne le faisons pas, il conservera l'opinion du fabricant.

Chaque objet sera toujours porteur d'une opinion, d'une valeur, d'un sens, d'une idéologie. Il ne faut pas oublier que le théâtre est la représentation du réel et non pas sa reproduction exacte.

D'où provient cet extrait de texte ?

Cette section tente de résumer les grandes lignes de la pensée de Boal. Vous trouverez dans le menu de gauche les différents thèmes que j'ai extraits de sa lecture. S'ils sont bien plus nombreux que dans ma synthèse de Stanislavski, c'est simplement parce que Boal est un praticien, plus qu'un théoricien, et que son expérience l'a amené à aborder des problèmes plus divers et variés que la pensée théorique et cohérente de son prédécesseur :

Ces diverses pages sont des compilations d'extraits du livre "Jeux pour acteurs et non-acteurs" disponible aux éditions "La Découverte".

Si les extraits proposés ici sont parvenus à vous intéresser, je vous recommande vivement la lecture du livre complet.

Vous y trouverez notamment une incroyable collection d'exercices à pratiquer en stage de théâtre, des récits d'expériences liées au "Théâtre-forum", au "Théâtre-image" et au "Théâtre invisible", et des considérations très diverse de ce praticien de génie qui a totalement renouvelé l'approche moderne du théâtre et qui sert aujourd'hui de référence à la majorité des metteurs en scène modernes.

Augusto Boal est sans aucun doute l'homme de théâtre le plus influent et le plus lu de ce début de siècle.


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