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Ce texte est extrait du site www.theatrons.com

L'activité

"Vous êtes restée assise et vous avez attendu sans rien jouer. C'est ce que vous avez fait de mieux ! "

Extraits choisis de "La formation de l'acteur" de Constantin Stanislavski

- Nous allons jouer une petite scène. Voici le sujet (...) : le rideau se lève et vous êtes assise sur la scène. Vous êtes seule et vous vous contentez de rester assise jusqu'à ce qu'enfin le rideau tombe. C'est tout. On ne peut rien imaginer de plus simple.

(...)

Il la plaça au milieu du plateau. Nous nous étions tus et attendions le lever du rideau. Il monta lentement.

Maria était assise au milieu de l'avant-scène, le visage toujours caché dans les mains. L'atmosphère solennelle et le long silence qui suivit commençaient à devenir pesants. Elle sentit qu'il fallait faire quelque chose. Elle commença par enlever une main de son visage, puis l'autre, et en même temps baissa la tête si bas qu'on ne voyait plus que sa nuque.

Elle demeura ainsi un long moment. C'était pénible, mais le Directeur attendait dans un silence résolu. Consciente de la tension grandissante, Maria regarda dans la salle, mais elle détourna la tête aussitôt. Ne sachant où regarder, ne sachant que faire, elle se mit à changer de position, à s'asseoir d'une façon puis d'une autre, se penchant en arrière, puis se redressant, se penchant en avant, tirant de toutes ses forces sur sa jupe trop courte, regardant fixement un point sur le plancher...

Le Directeur resta imperturbable pendant un long moment, puis il donna enfin l'ordre de baisser le rideau. Je me précipitai sur lui, pour lui demander d'essayer à mon tour le même exercice.

Il me plaça au milieu de la scène. Ce n'était pas un vrai spectacle, mais néanmoins je sentais en moi une foule d'impulsions contradictoires. J'étais livré aux yeux de tous, et cependant intérieurement je ressentais un besoin de solitude. Quelqu'un en moi cherchait à distraire le public, pour qu'il ne s'ennuie pas ; un autre moi me disait de ne pas faire attention à lui.

Mes jambes, mes bras, ma tête, mon torse, bien qu'obéissant à mon contrôle, paraissaient m'être soudain devenus étrangers. On bouge un bras, ou une jambe, de la manière la plus normale, et on se trouve soudain l'air le plus maladroit, comme si on posait devant un objectif.

Chose curieuse, je n'étais pourtant monté qu'une seule fois sur la scène auparavant, et il me paraissait infiniment plus facile d'y prendre une pose affectée que de rester naturel. Je n'arrivais pas à savoir ce qu'il aurait fallu faire. Les autres me dirent ensuite que j'avais eu l'air tour à tour stupide, drôle, embarassé, coupable, honteux. Le Directeur se contentait d'attendre. Il fit ensuite faire le même exercice aux autres.

(...)(Quand nous eumes fini) il se leva brusquement, monta sur scène d'un air très affairé et se laissa tomber dans un fauteuil tout comme s'il avait été chez lui. Il resta assis sans rien faire ni essayer de faire quoi que ce soit ; mais son attitude était saisissante.

En l'observant nous tentions de savoir ce qui se passait en lui. Il souriait, nous en faisions autant. Il avait l'air de réfléchir, et nous nous demandions ce qui se passait dans son esprit. Il ragardait quelque chose, et nous avions envie de voir ce qui attirait son attention.

Dans la vie ordinaire, personne n'aurait été particulièrement intéressé par sa façon de s'asseoir. Mais pour une raison mystérieuse, dès qu'il était sur la scène il appelait le regard et on éprouvait même un véritable plaisir à le voir simplement assis.

Quand les autres étaient assis sur le plateau, c'était tout à fait différent. Nous n'avions aucune envie de les regarder, pas plus que de savoir ce qui se passait dans leur esprit. Leur nullité et leur désir de plaire était ridicules. Le Directeur ne nous avait pas prêté le moindre intérêt et cependant nous nous étions sentis fortement attirés par lui.

Quel était son secret ? Il nous le dit lui-même :

- Tout ce qui se passe sur scène doit avoir un but. Même si vous restez simplement assis, il doit y avoir une raison, un but précis, et pas seulement celui d'être en vue des spectateurs. On n'a pas le droit de rester assis sans raison sur scène. Il faut l'obtenir et ce n'est pas facile.

Nous allons répéter cette expérience, dit-il, sans quitter le plateau. Maria venez ici. Nous allons jouer ensemble.

- Avec vous ! s'écria Maria, et elle se précipita sur la scène.

Il l'a fit asseoir à nouveau dans le fauteuil, au milieu du plateau, et cette fois encore elle avait l'air mal à l'aise, changeant sans cesse d'attitude et tirant sa jupe.

Le Directeur se tenait près d'elle et semblait occupé à chercher quelque chose dans son carnet qu'il feuilletait soigneusement.

En attendant, Maria s'était calmée peu à peu et avait fini par se concentrer, immobile, les yeux fixés sur lui. Elle avait peur de le déranger et attendait simplement qu'il lui dise ce qu'il fallait faire. Son attitude était naturelle, vivante. Elle paraissait même presque jolie. La scène faisait ressortir ce qu'elle avait d'agréable dans le visage.

Après quelques instants, sans autre mouvement, le rideau tomba.

- Alors, comment vous sentez-vous ? lui demande Tortsov en retournant dans la salle.

- Mais nous n'avons rien fait !

- Mais si !

- Oh ! je pensais que... J'attendais que vous ayez trouvé ce que vous cherchiez dans votre carnet et que vous me disiez ce qu'il fallait faire. Je n'ai rien joué du tout.

- C'est ce que vous avez fait de mieux, dit-il. Vous êtes restée assise et vous avez attendu, sans rien jouer.

(...)

- Voyez-vous, lui dit-il, l'immobilité apparente d'une personne assise sur la scène n'implique pas la passivité. Vous pouvez rester assis sans faire un mouvement et être malgré cela en pleine action. Il arrive même souvent que l'immobilité physique soit la conséquence directe d'une grande intensité de pensée, et c'est cette activité intérieure qui est de beaucoup la plus importante du point de vue artistique. L'essence de l'art ne réside pas dans ses formes extérieures mais dans son contenu spirituel. 

(...)

Lorsque vous êtes sur scène, soyez toujours en action, que ce soit physiquement ou spirituellement.

D'où provient cet extrait de texte ?

Cette section, tente de résumer les grandes lignes de la pensée de Stanislavski. Vous trouverez dans le menu de gauche les différents thèmes que j'ai extraits de sa lecture :

Ces diverses pages sont des compilations d'extraits du livre "La formation de l'acteur" disponible chez plusieurs éditeurs : Pygmalion, Petite bibliothèque Payot, Payot.

Si les extraits proposés ici sont parvenus à vous intéresser, je vous recommande vivement la lecture du livre complet. Ecrit comme une semi-fiction, il raconte le parcours d'un jeune étudiant au sein d'un école de théâtre. Le Directeur, Tortsov, y distille ses leçons avec fermeté, amour et humour et sert de porte-parole à Stanislavski.

Cette méthode de présentation originale permet de suivre la "leçon" de Stanislavski comme si l'on était son élève. A travers des exemples choisis pour leur intérêt, Stanislavski donne son point de vue sur les principaux obstacles à éviter en tant qu'acteur et sur la méthode à suivre pour réussir ses interprétations.


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