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Ce texte est extrait du site www.theatrons.com

Le cabotinage

Vous devez servir votre art et non vous en servir

Aldo La Classe
Archétype du cabotin,
Aldo Maccione a le mauvais goût
de plaire aux femmes
qui n'ont pas de goût.

Plutôt que de vous esbaudir
sur ce ventre rentré
et ces cuisses de poulet,
ne pourriez-vous, mesdames,
porter vos regards sur les
vraies signes de virilité que
sont la bedaine florissante
et la paire de lunettes
conquérante ?

Ah, ah... cabotin, je vous tiens, je vous ai démasqué ! Sous le prétexte fallacieux d'une création artistique, vous cherchez à vous mettre en avant, à parader sur scène, à montrer vos belles manières, vos grandes mains, votre voix profonde et votre distinction naturelle.

N'avez-vous pas honte !

Non, sans doute, et c'est là votre force. Le culot est au cabotin ce que le cumin est au couscous royal, le soleil à l'été, la sardine à l'huile et le fier à bras : la raison d'être.

Il ne vous manque que l'essentiel

Car si le culot vous va comme un gant, il ne convient pas toujours au théâtre. Je vous rappelle, comme dans la page consacré au sur-jeu, qu'une pièce de théâtre est une œuvre collective, le résultat d'un esprit de groupe. Quand une épreuve ou une difficulté se présente, c'est au groupe tout entier de l'affronter. Votre tendance à vous mettre en avant et à occuper tout espace vacant risque de parasiter cette énergie.

Plus important encore : cette énergie de groupe se consacre à un objectif qui le dépasse : celui de servir l'auteur. Qu'il s'agisse de Shakespeare, de Molière, de Ionesco ou d'un obscur écrivaillon débutant, l'auteur reste votre guide et mérite le respect le plus absolu.

S'il a imaginé votre personnage, c'est pour servir son intrigue ou sa démonstration, par pour vous donner l'occasion d'épater votre grand-même ou votre petite-amie.

En utilisant la pièce et ce personnage à votre profit (ne serait-ce que d'une façon infime), vous vous comportez comme un usurpateur, un pirate sacrilège, qui détourne à son profit ce qui appartient à un autre. Vous trahissez le groupe auquel vous appartenez en volant l'offrande qu'il dépose sur l'autel de l'Art.

Le théâtre est une communion : ne souriez pas, je parle d'une chose sacrée. A l'origine, le théâtre était une cérémonie consacrée à Dionysos, le dieu de l'hiver, de la fête des morts et de son dépassement par la conquête de l'immortalité. C'est aujourd'hui au culte de l'Art qu'il se dédie, à la magie, au pouvoir créateur du verbe, du rêve et de l'imagination. Alors ? C'est quand même pas du boudin, tout ça !

Comme le forgeron qui immerge sa lame rougeoyante dans l'eau pure pour la durcir, la laver de ses cendres et lui donner l'éclat et la force de l'acier, il vous faut tremper votre âme dans l'essence divine de l'Art, celui auquel on peut tout offrir car il nous permet de dépasser notre condition humaine.

Bon, OK, dit comme ça, ça peut sembler vaguement effrayant. Mais rassurez-vous, ça ne fait même pas mal.

Vous avez du talent

Du moins, je le suppose. Si vous êtes un incorrigible cabotin, c'est sans doute que la nature vous a doté de quelques talents : une voix qui se place bien, quelques dons d'imitation (car vous êtes fin observateur), l'art de maîtriser ce silence étrange qui suspend le public à vos lèvres, que sais-je encore ?

Mettez tout cela au service de l'auteur, de la pièce, des acteurs qui vous entourent (et vous envient sans doute votre chance). Partagez votre savoir-faire, insufflez votre énergie au groupe.

Votre cabotinage trahit d'une certaine façon les doutes que vous avez sur vous-même. Cette façon de tourner les choses en dérision, d'en faire toujours un peu trop, de ne jamais y croire tout à fait, parle d'un manque de foi dans votre puissance intérieure, d'une fêlure profonde qui a quelque chose de tragique.

Vous pouvez donc choisir la tragédie, soigner le mal par le mal, faire de cette blessure un emblème, l'assumer enfin tout à fait, et l'exulter publiquement. Vous serez magnifique.

Vous pouvez aussi choisir la comédie, le chant de l'espoir, pour mettre du baume sur votre douleur et tenter de découvrir le plaisir de croire à la Providence.

Dans tous les cas, respectez la part de divin qui habite chaque être humain. Elle ne demande qu'à grandir en vous.


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